Le Dolpo est une région du nord-ouest du Népal, située dans la haute chaîne de l'Himalaya. Sa population est d'origine tibétaine, et la frontière entre le Dolpo et le Tibet traversait son territoire actuel jusqu'au 18ème siècle. Il s'agit de la dernière région au monde où subsiste une authentique culture tibétaine qui peut se développer librement.

Le Dolpo est un "bé-yül" en tibétain, ce qui signifie le pays caché. Ses hautes vallées sont en effet, encore aujourd'hui, très difficiles d'accès, et plusieurs jours de marche sont nécessaires pour s'y rendre, que l'on vienne du Népal ou du Tibet.

Ses habitants, les Dolpo-pa, sont des agriculteurs et des éleveurs, et vivent également des échanges ancestraux avec le Tibet voisin : ils vont y chercher le sel tiré des lacs d'altitude, et fournissent en retour le grain issu de leurs propres cultures.

 


L'Inde et la chaîne de l'Himalaya.

 

Carte du Dolpo
Cliquer dans le carré pour afficher la carte du Dolpo.

 


L'avion de la Yeti Airlines à Juphal.

L'arrivée au Dolpo en avion se fait sur le petit altiport de Juphal, à 3000 mètres d'altitude. La piste d'atterrissage est courte, et mieux vaut se contenter de sa longueur pour réussir son atterrissage si l'on ne veut pas redescendre un peu trop vite dans la vallée !!

De là, tous les déplacements se font à pied ou à cheval. Il faut quelques heures en remontant la Barbung Khola pour atteindre Dunaï, à 2150 mètres d'altitude, la capitale administrative du district du Dolpo.

Deux jours de marche supplémentaires nous amènent à Tarakot, où se trouve l'un des principaux Check Post de la police népalaise, passage obligé pour tout trekkeur muni de son permis.

Commence alors l'apprentissage de ce qu'est le "plat népalais" qui, en général, pour passer de 2500 à 2800 mètres, vous oblige à monter à 3200, redescendre à 2400, remonter jusqu'à 2900, redescendre à nouveau jusqu'à 2300, pour finalement atteindre l'altitude finale !!

 

La Tarap Chu (Chu signifie rivière en tibétain) vient se jeter dans la Barbung Khola à Tarakot. La vallée de la Tarap, la "vallée aux chevaux excellents", emprunte un chemin souvent très encaissé pour aboutir au village de Dho, à 4050 mètres d'altitude. Ici, pas d'arbre, mais un paysage minéral au sortir de l'hiver, où la seule végétation fait son apparition durant quelques semaines, lorsque l'orge semée par les habitants fait verdir le fond des vallées d'altitude.

Il faut entre 2 et 4 jours de marche pour remonter la vallée jusqu'à Dho, selon la saison, la hauteur des eaux et la force du courant obligeant parfois à faire de très longs détours lorsque le sentier devient impraticable et qu'il faut passer par les hauteurs qui surplombent le fond de la rivière de quelques centaines de mètres.

L'arrivée à Dho, village aux maisons tibétaines, maisons de pierre au toit plat, est véritablement comme l'entrée dans un autre monde. Le village est bâti à la jonction de 3 vallées, et bien que nous nous trouvions à plus de 4000 mètres d'altitude, les sommets qui nous entourent semblents encore si hauts, pentes raides et minérales d'où émerge parfois un relief étonnant, que l'on dirait taillé par la main de l'homme.

La solitude et l'isolement prennent ici tout leur sens, lorsque l'on prend conscience que la voie que nous venons d'emprunter pour arriver ici est la plus facile, puisque de l'autre côté il faut franchir des cols à plus de 5000 mètres. De plus. l'hiver qui dure 6 mois par an rend l'isolement du village encore plus important, et la neige empêche toute communication durant de longues semaines. Pourtant, l'accueil qui nous est réservé, tout particulièrement par les enfants, dépasse en humanité beaucoup de ce que nous avons pu voir auparavant de par le monde.

 

La vie, à cette altitude, est d'une rudesse que nous avons du mal à imaginer. L'alimentation manque cruellement de variété : la farine d'orge grillée, la tsampa, constitue bien souvent le plat unique pour toute la famille, au mieux agrémentée de thé salé au beurre de yack. Parfois quelques pommes de terre, mais la viande reste rarissime pour ces populations bouddhistes qui n'encouragent pas l'abattage du bétail, précieux également pour le lait, la fourrure et le cuir.

Le bois est rare et s'entrepose sur le toit plat des maisons de pierre. Il servira à allumer le feu dont la bouse de yack constitue le principal combustible. Les maisons-forteresses comportent au mieux une ou deux petites ouvertures, afin de se protéger du froid, mais pas de véritable cheminée, et l'on prend très vite conscience de ce que peut être l'atmosphère à l'intérieur lorsque le foyer de la pièce principale répand sa fumée noire dans les quelques mètres carrés où la famille vit rassemblée.

Le manque de soins et d'hygiène, l'alimentation souvent précaire, la fumée envahissante, provoquent une importante mortalité infantile, puisque la moitié des enfants ne dépasse pas l'âge de 5 ans.


Maisons à Dho.

 

Malgré cela, la joie de vivre de ces gens est étonnante, et très vite contagieuse. La vue d'un trekkeur équipé de pied en cap, sac au dos et appareil photo à portée de main, suant et soufflant après quelques heures d'ascension, semble les mettre en joie, tout comme les réjouit tout ce qui fait partie de leur vie quotidienne. La richesse des sourires et la lumière des regards sont des cadeaux que l'on ne peut oublier, et qui marquent durablement toutes celles et tous ceux qui ont eu la chance d'approcher les Dolpo-pa.

La religion et la spiritualité tiennent ici une grande place, comme souvent en Asie bouddhiste ou hindouiste, et la sérénité et la confiance qu'elles procurent à leurs adeptes sont bien réelles. Le bouddhisme tibétain domine dans la région, mais on y trouve également des traces encore vivaces de la religion Bön. Le Bön englobe les différents courants religieux qui existaient ici avant l'introduction du bouddhisme venu du nord de l'Inde, courants teintés d'animisme et qui ont progressivement intégré divers enseignements tirés du canon bouddhique.


Un chorten peint.

Tout le long de notre chemin, nous rencontrerons régulièrement des manifestations tangibles de la place importante que tient ici la religion. Les monastères, ou gompas, sont fréquents et n'abritent parfois qu'un seul moine qui prend en charge la population du hameau voisin. Fréquents également sur le bord des sentiers, les empilements centenaires de mani, les pierres gravées où l'on retrouve soit la roue de la vie, soit le mantra "Om Mani Padme Hum", formule sanskrite, littéralement "le Joyau dans le Lotus", le mantra le plus important du bouddhisme tibétain, qui symbolise le joyau de l'illumination et de la sagesse se développant au coeur du lotus de la conscience humaine. Fréquents enfin, les drapeaux à prière et les chortens, monuments funéraires ou symboliques.


 


Mani.

Nous quittons le village de Dho pour atteindre la Crystal Mountain School, école qui accueille depuis plusieurs années les enfants venus de 3 villages environnants, construite grâce à l'aide de l'association Action Dolpo, à la détermination des habitants, et à l'apport tellement précieux de Kedar, le principal instituteur.

Nous franchissons successivement 2 cols à plus de 5000 mètres, le Numa La et le Baga La. A chaque fois, le passage du col est marqué par la présence d'un cairn sur lequel chacun choisit d'ajouter sa pierre, et de plusieurs drapeaux à prière.

Au-delà, notre chemin nous amène au bord du lac Phoksumdo, aux eaux d'un bleu turquoise presque surréaliste à cette altitude, mais si glacées que la baignade y est interdite ! Le monastère qui surplombe le lac est un lieu hors du temps et du monde, qui invite à la contemplation et semble particulièrement propice à l'apprentissage de la sérénité. En face de nous, sur la rive abrupte, se dessine un chemin vertigineux d'où le yack du film "Himalaya, l'enfance d'un chef" fit une chute fatale.

 


Le monastère de Ringmo, au bord du lac Phoksumdo.

Nous aimions croire avant de venir au Dolpo que le monde aujourd'hui est devenu petit, que tout, partout, en tout temps, se sait et se transmet.

Nous repartons avec l'impression que la terre a des dimensions quasi infinies, que les femmes et les hommes qui la peuplent, comme les paysages qui la composent, en constituent la richesse essentielle, et que le bout du monde existe pour chacun, jamais identique, toujours en mouvement, toujours à découvrir.